Album

Smash - Family Rules (2012)

Un album en clair-obscur, électrique et viscéral
Smash - Family Rules (2012)
Smash - Family Rules (2012)

Il y a des albums qui racontent une époque sans le vouloir, juste en captant ce qui flotte dans l’air. Family Rules, premier long format de Smash, en fait partie. Enregistré entre 2011 et 2012 dans le studio analogique de La Féline prod à Ménilmontant, ce disque sent bon le bois chaud, la bande magnétique, une tasse de thé posée sur la console (clin d’œil aux Rutles et aux Monty Pythons), et les discussions jusqu’à pas d’heure sur les héros maximum — Beatles, Hendrix, Led Zeppelin, Small Faces et consorts.

C’est une œuvre faite à la main, par une famille de musiciens plus frères que collègues. Smash y parle de racines, de rupture, de réinvention. Rien de démonstratif, juste des morceaux faits pour être joués fort, ressentis ensemble. Un rock taillé dans l’urgence joyeuse de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à prouver, si ce n’est à eux-mêmes

L’album s’ouvre sur « Underwater Rock and Roll », morceau manifeste, hybride entre surf, fuzz et poésie subaquatique. Le ton est donné : on est là pour danser, rêver, cogner parfois, mais sans jamais perdre le fil mélodique. Vient ensuite « Well », plus introspectif, qui creuse les sillons de l’âme sans se perdre dans la mélancolie. Et puis « Coming Home », titre phare, cri du cœur et hymne au retour aux sources – à la famille, aux potes, au quartier. Un « I’m coming home » scandé comme une déclaration d’identité, sociale autant que personnelle.

La Face B s’ouvre sur « Cloudz », échappée belle aux accents oniriques. On pense à François de Roubaix ou aux génériques oubliés de dessins animés seventies. C’est doux, flottant, avec cette petite ironie tendre qui traverse tout l’album. À l’inverse, « Bad Morning Blues » prend les choses de face : le blues d’un monde en vrac, un bulletin radio enregistré au réveil qui annonce la catastrophe. L’intime rejoint le global, sans discours, juste par le ressenti brut.

« Hey hey Mona » est une chanson d’amour comme on n’en fait plus, directe et un peu sale, avec une fuzz souriante qui traduit le renouveau amoureux de l’un des membres du groupe. Et « Ten Feet Underground », c’est la fusée du disque, un missile rock à la rythmique presque soviétique, qui implose sur une ligne de basse jouissive. On comprend pourquoi ce morceau a été comparé à un Back in the USSR maison.

Les deux morceaux cachés, en fin de chaque face, sont des étrangetés expérimentales, à écouter à l’envers ou en tendant bien l’oreille. Comme des clins d’œil à ceux qui prennent le temps. Comme le reste de l’album, ils assument leur liberté.

Côté production, pas d’artifices : tout a été enregistré avec du matériel d’époque — guitares, amplis, claviers, tout droit sortis des 60’s et 70’s. Une vraie démarche artisanale, rendue possible par Xavier Ruiz et Mathieu Lartigue, fondateurs du studio La Féline prod, où la bande analogique tourne encore. Le disque est entièrement produit par Xavier Ruiz et Fred Grosy. Tous les titres sont composés par Fred Grosy, et arrangés collectivement avec Xavier Ruiz, Luis Ruiz et Jorge Alvarez. Cette chaleur vintage n’est pas un effet de style : elle colle au propos, elle renforce le lien organique entre les musiciens, elle dit simplement « On est là, ensemble !!! ».

Family Rules est un disque de transitions. Les membres du groupe vivent alors des séparations, des paternités, des reconstructions. Il y a du flou dans les lendemains, mais beaucoup de lumière dans le présent. On sent que la musique est là comme un refuge, une forme de thérapie collective. Pas pour oublier, mais pour traverser.

Le disque a été initialement pressé en vinyle, comme une évidence. Et le voici réédité aujourd’hui, disponible sur toutes les plateformes. C’est une bonne nouvelle. Parce que ce disque mérite d’être entendu. Pour ses chansons, bien sûr, mais aussi pour ce qu’il incarne : une manière de faire du rock sincère, chaud, vivant.

Un disque fait maison, à écouter à fond. En famille !!

En écoute sur Spotify : https://open.spotify.com/intl-fr/album/5db0uC39mg9ZthZBeLH3Ub

Photos : Jorge Alvarez / Marianne Girardet